Avril 2000, critique de l'Expo "Bleu du ciel"

Un véritable hymne à la lumière. Jacques Oudot est (…) un donneur de lumière. Une lumière fragile, d'une extrême sensibilité, contrastant avec un paysage solide, mature. Ce qui pourrait être léché, fait de certitudes pesantes, devient, grâce à son talent, comme une phrase oscillant entre mélancolie et espoir. C'est ce moment, cet instant d'un dimanche après-midi entre le bonheur d'être dans la nature et les brusques flashs d'un demain fait d'inquiétude. Une atmosphère qui nous piège, qui écarte de nous les absolus pour laisser ce bonheur terriblement vrai qu'est la vie.

Robert Luc

La lettre du Bleu, Lyon Avril 2000 Jacques Oudot " Les multiples palettes du rhinocéros "

On repère Oudot à la trace sur " Internet " : à " jacoud " vous vous arrêtez et découvrez un paysage humain polyvalent. Oudot est de la race en perdition des " Universels de la Lumière ", pas dilettante pour autant, compétent en chaque domaine, qu'il laboure de son sabot lourd soulevant tempêtes et mystères (car comme tous les hommes de dons, Oudot engendre la controverse). Comme son animal fétiche, il possède à la fois l'opiniâtreté de la durée et l'ampleur du champ de vue du poète universaliste couplée à la curiosité diagnoscistique de la corne du spécialiste. Comme Diderot, il garde la plume acide du libertin et le regard critique du scientifique, en médecine ou en art, discoureur et politicard -d'aucuns n'oublieront pas son passage aux affaires culturelles - de surcroît oto-rhino et autodidacte en peinture… Mais il est bien connu que si l'on octroie des noms de rues aux hommes politiques, les artistes squattent durablement nos âmes et cette leçon, Jacques, " fataliste " ne l'a jamais perdue de vue. Il est né peeintre aux aurores de sa vie et il ne doit qu'à sa sensibilité prolixe, tous ces prismes éclairants de la compréhension humaine, le tout consistant ensuite à réunir intellect et émotion… On découvre dans son atelier au milieu des Rhinocéros (qu'il collectionne) un univers pictural aussi riche que fragile, vaste et de qualité intime ; telle une savane africaine qui débouche sur des sommets neigeux, ses œuvres alternent influences et techniques différentes, l'ensemble élégamment torché, à la touche savamment pourléchée dans de solides compositions. On croise en flash Edward Hopper qu'il chérit, comme il rend un hommage perpétuel et appuyé à sa " cousine photographique " qui est à ses yeux toujours source d'inspiration. Jacques Oudot présente au " Bleu du ciel " quelques facettes pastellisées de son grand talent naturel… Il a laissé tomber pour l'heure son regard conceptualisateur et sa capacité gargantuesque et spontanée d'analyse transfigurée, ici, en humide sensibilité à la couleur, et aux paysages de son cœur intérieur comme une larme qu'il lâche aussi sur le papier, parfois dans d'autres aquarelles… Il nous délivre quelques atmosphères senties et retranscrites instantanément comme si son bras aile au pinceau frémissait à la moindre brise, de Montagny au lac de Genève, mélange de Turner et de Manet, d'Hopper et de Corot, du JACOUD quoi ! ! !

Gilles Verneret

Février 2000, autour de l'exposition Lyon Caps(s), 70 portraits d'après les portraits photographiques de Gilles Verneret, chez Gilbert Monin à l'Embarcadère de Lyon.
 

En parallèle, dans une salle mitoyenne, la peinture exposée offre un " autre regard ", accentuant ou relativisant un sourire, une attitude, une moue, une ride. Presque " psychédélique ", souvent décalée, parfois décapante, l'œuvre de Jacques Oudot qui n'a pas travaillé directement sur les photos mais sur des documents traités numériquement, propose une vision qui ne manquera pas de provoquer. Un jeu de couleurs chaleureuses ou électriques, sombres ou claires, nuance habilement la perception de l'Autre. Le tout dans un mélange entre pop-art et réalisme.

Fabrice Arfi

   
   
Janvier 2000, autour de l'exposition Lyon Caps(s), 70 portraits d'après les portraits photographiques de Gilles Verneret, chez Gilbert Monin à l'Embarcadère de Lyon.
 

Cap sur les Lyonnais. Le microcosme lyonnais photographié par Gilles Verneret et peint par Jacques Oudot. Losqu'en 1977, Jacques Oudot exposait ses " anonymes ", il proposait deux cents portraits peints de personnalités, numérotés de 1 à 200. L'exposition se voulait événementielle (elle le fut), doublée d'un ouvrage désormais introuvable. Oudot y présentait ses amis. C'est sur cette idée que Gilles Verneret, le fondateur de la galerie " le Bleu du Ciel ", a réalisé plus de soixante-dix photos en noir et blanc, de personnalités lyonnaises du domaine des arts, mais aussi de la politique et de divers secteurs. Il a mis en boîte des " gueules " qui, grâce à son œil, ont trouvé une expression d'exception. (…) L'ensemble intitulé " Lyon Cap(s) 2000 " est accompagné d'une exposition de soixante dix portraits des mêmes personnages, peints par Jacques Oudot. On peut dire alors que le peintre qu'est devenu l'ancien adjoint de Michel Noir chargé à la Culture, a véritablement trouvé son langage en quelques touches contrastées qui saisissent la personnalité du modèle. Comme Wahrol saisissant Marilyn !

Bernard Gouttenoire

Portrait paru dans Lyon-Capitale en 1998
 

Jacques Oudot, politique et culturel pendant 12 ans

"J'étais un peu trop artiste pour être politique" Après avoir régné en maître pendant près de 12 ans sur la politique culturelle régionale et lyonnaise, Jacques Oudot vient de se faire évincer par Charles Millon de la liste pour les régionales de mars prochain. Il met ainsi un terme à une carrière politique parfois contestée profondément marquée du sceau de sa personnalité de "fou" génial, provocateur, brillant et insupportable. Dans son atelier de Sainte-Foy -lès-Lyon règne un clair et très léger désordre. Rien ne semble troubler le calme de ce havre dédié à la peinture où Jacques Oudot se retire depuis quelques années. "C'est mon vrai plaisir. La joie qu'il y a à faire monter la lumière dans un tableau est ineffable" confie-t-il. Au terme d'une carrière politique de près de 12 ans, l'ancien adjoint à la culture de la ville de Lyon, de 1989 à 1995, et le vice-président de la Région chargé de la culture depuis 1986 pourra désormais se consacrer tout entier à son art. Sacrifié sur l'autel du "renouvellement", il a été évincé de la liste conduite par l'UDF Charles Millon pour les régionales de mars prochain et quitte donc la scène politique. "Je n'ai pas de rancœur. Ca m'a donné énormément de joies ; j'ai pu créer des choses extraordinaires..." raconte Jacques Oudot tout en confiant la "profonde déception" que lui inspire "le monde du mensonge politique".

"L'œuvre Oudot"

C'est sous son "règne" que furent réalisés de grands projets comme la rénovation du musée des Beaux-Arts, la transformation d'Octobre des Arts en Biennale d'art contemporain, le musée d'art contemporain, le théâtre de la Croix-Rousse ou encore l'Opéra Nouvel. De superbes témoins de la flamboyance des années Noir. Quoi qu'on en pense, "Il y a une œuvre Oudot" estime le directeur de l'Institut Lumière Thierry Frémaux, citant également ses créations régionales comme le chèque-culture, la Villa Gillet ou Rhône-Alpes Cinéma. Toute cette expérience politique, Jacques Oudot est désormais décidé à la raconter et publier un ouvrage sur le sujet d'ici un an ou deux. "En réalité, tout est prêt, consigné dans mon journal... J'attendais de ne plus être un élu". Certains feuillets se sont déjà échappés de son journal littéraire, envolés en discours lyriques et enflammés ou en correspondance passionnée. Mais Jacques Oudot brûle désormais de dévoiler des épisodes épiques de sa carrière publique comme celui de l'enterrement d'une œuvre d'art dans le jardin du palais Saint-Pierre. "L'un des gestes les plus symboliquement beaux" commente l'ancien adjoint à la culture, pas mécontent d'avoir résisté à la colère pincée des conseillers municipaux et aux persiflages de la presse.

Une légende de folie

Cet épisode insensé, provocateur et génial contribua certainement à propager dans la ville cette sentence devenue proverbiale : "Oudot ? Il est fou !" Mais par ses comportements irrationnels, l'intéressé lui-même n'eut de cesse d'alimenter cette légende. "Quand j'ai commencé à travailler avec lui, je me suis plongée dans des traités de psychologie ; je n'avais pas les clefs du personnage" raconte une de ses anciennes collaboratrices. Caractériel, lunatique, torturé, volontiers parano et assez mégalo, l'adjoint est connu pour ses réactions imprévisibles. "Parfois, une simple invitation à déjeuner pouvait se transformer en véritable torture ; il se sentait pris en otage", poursuit sa collaboratrice. Pour repérer les jours sans et les jours avec, ses proches de l'Hôtel de Ville avaient un nom de code : "la bille est coincée". Dans ce cas-là, rien ne pouvait passer, même pas un café bien serré. "La douche écossaise, ce n'est franchement pas facile à supporter", confie un acteur culturel lassé des "jugements à l'emporte-pièce" et des "réactions à chaud" de Jacques Oudot. C'est ainsi que l'élu, jugé "stalinien", "terroriste" ou plus gentiment "loufoque" a su s'attirer de solides inimitiés dans le milieu culturel et surtout politique. "Pour Charles Millon, Jacques Oudot était un élément incontrôlable" confie un proche du vice-président à la Région. Jacques Oudot n'a d'ailleurs jamais souhaité s'enfermer dans des étiquettes politiques, quitte à les faire valser, du RPR à Nouvelle démocratie pour finir à Force Démocrate. "Il y aurait eu un socialiste de haut niveau à Lyon, il aurait marché avec lui" commente un de ses proches, tandis que toujours il a clairement identifié le Front national comme un ennemi, lui tenant tête avec un certain panache. Mais la complexité du personnage tient essentiellement à la multiplicité de ses visages, tout à la fois peintre, chirurgien, chercheur, père de famille, écrivain, politique ou médecin thermaliste. Né dans une famille modeste, Jacques Oudot poursuit ses études de médecine au Service de santé des armées par commodité financière. Au terme de son contrat, l'armée refuse de libérer de ses engagements ce brillant élément. De vives protestations publiques lui valent alors un mois et demi de prison. Entre temps, Jacques Oudot a eu cinq enfants (dont un fils qui met fin à ses jours en janvier 1989) et entame une carrière de chirurgien ORL comme chef de clinique. Il fait ensuite ses premiers pas dans la politique en 1983 avec un mandat de conseiller municipal puis se retrouve élu à la Région Rhône-Alpes et adjoint à la culture de Michel Noir à Lyon. Il prend donc la douloureuse décision de mettre fin à sa carrière de chirurgien et devient chaque été médecin aux Thermes d'Allevard, tout en poursuivant des recherches scientifiques sur les "Biolimites", la peinture et l'écriture. Un tempérament d'artiste Cet homme pétri de culture, qui entretient une correspondance suivie avec de grands intellectuels comme Régis Debray, apparaît très vite comme une figure à part sur l'échiquier politique régional. "J'étais un peu trop artiste pour être politique", analyse aujourd'hui Jacques Oudot. Enthousiasmé par un beau projet artistique, il lui arrive d'oublier sa réserve sur les financements pour faire des promesses en l'air. "Jacques Oudot considère la culture comme un combat, une vraie aspiration. Il ne gère pas la culture, il la rêve. Quand il rencontre les artistes, c'est souvent le pape Jules II face à Michel-Ange" estime le directeur de la Croix-Rousse Philippe Faure tandis que Thierry Frémaux reconnaît que Jacques Oudot a toujours été "un vrai interlocuteur". C'est sûrement exact pour les institutions et les artistes reconnus, nettement moins pour les petites compagnies, les arts mineurs et la culture émergente qui ont beaucoup souffert de son mépris et d'une politique culturelle de prestige. Mais lorsqu'il était bien disposé, Jacques Oudot pouvait littéralement s'enflammer ; certains se souviennent d'ailleurs l'avoir vu fondre en larmes dans son bureau parce qu'il ne pouvait leur octroyer la subvention tant souhaitée. C'est cette sensibilité-là et sa capacité d'émerveillement qui rend Jacques Oudot si "attachant" aux yeux de certains acteurs culturels, par ailleurs excédés par ses sautes d'humeur, sa folie et sa mégalomanie. "Mégalo ? J'ai effectivement une certaine ampleur dans mes rêves : je préfère Goethe à Céline et je suis peut-être trop chercheur d'absolu", reconnaît l'ancien adjoint. Difficile avec un tel tempérament de se couler dans le moule politique. "Je me suis battu 15 ans pour faire de la politique sans perdre ma personnalité. Alors de temps en temps je me tapais le luxe d'un discours un peu lyrique..." poursuit Oudot tout en ajoutant : "Et puis j'ai résisté quand même ! Je n'ai jamais inauguré une expo de Mick Micheyl !" Farouchement honnête, Jacques Oudot aurait hérité du surnom d'Eliott (l'incorruptible) auprès des RG, tandis qu'il regardait avec peine et incompréhension le rêve noiriste s'effondrer sous le poids des affaires. "Je ne suis pas encore complètement sûr de m'être trompé sur Michel Noir", confie-t-il alors qu'il s'apprête à tourner la page de la carrière politique qu'il avait engagée à ses côtés. Il pourra désormais goûter à l'ampleur démesurée de ses rêves, notamment en peinture…

Anne-Caroline Jambaud